June 15, 2026

Budget 2026-2027 Shemida Ramdewar-Emrith : « : « La souveraineté alimentaire ne peut plus attendre »

Budget 2026-2027

Shemida Ramdewar-Emrith : « : « La souveraineté alimentaire ne peut plus attendre »

À quelques jours de la présentation du Budget 2026-2027, le monde agricole espère des mesures fortes pour mieux faire face aux défis économiques et alimentaires. Si certaines initiatives du précédent exercice budgétaire ont été saluées, notamment en faveur de la production locale de semences et de fertilisants, les attentes demeurent nombreuses. Pour Shemida Ramdewar-Emrith, directrice de KR Agritrade et représentante des encanteurs, il est urgent de réduire la dépendance aux importations, de mieux soutenir les petits planteurs et de mettre en place des mécanismes capables de protéger à la fois les producteurs et les consommateurs.

 

Quelles ont été, selon vous, les principales avancées, mais aussi les limites ou les mesures qui n’ont pas répondu aux attentes de votre secteur lors du précédent budget ?

Le budget de l’année dernière a eu le mérite de reconnaître l’importance de la production locale de semences ainsi que de celle des fertilisants. Ces initiatives vont dans la bonne direction et méritent d’être renforcées. Toutefois, malgré ces mesures, les importations de ces intrants agricoles essentiels continuent d’augmenter. Cette dépendance représente un risque pour notre sécurité et notre souveraineté alimentaires, particulièrement dans un contexte international marqué par des perturbations fréquentes des chaînes d’approvisionnement. Il est donc nécessaire d’accélérer les efforts visant à développer une production locale durable de semences et de fertilisants.

 

À quelques jours de la présentation du Budget 2026-2027, quelles sont vos principales attentes ?

Nous attendons avant tout des mesures concrètes et ciblées pour renforcer la résilience du secteur agricole.

Parmi les priorités figurent :

  • L’augmentation de la production locale de semences et de fertilisants ;
  • Un accompagnement accru des planteurs afin de réduire leur dépendance aux fertilisants et pesticides chimiques ;
  • Une meilleure segmentation des aides publiques, avec un soutien renforcé aux petits et moyens planteurs ;
  • La mise en place d’un système d’information sur les marchés agricoles (Market Information System) afin d’améliorer la planification de la production et d’éviter les pénuries ou les excédents ;
  • Le développement d’unité d’agro-transformation pour mieux valoriser, conserver et transformer les fruits et légumes produits localement ;
  • Des solutions durables pour stabiliser les prix au niveau national et garantir un accès permanent de la population à des fruits et légumes à des prix raisonnables.

 

Si vous ne deviez retenir qu’une seule mesure prioritaire pour le prochain budget, laquelle serait-elle ?

La mise en place d’un prix minimum garanti à la production (Minimum Selling Price) afin de protéger les planteurs et d’encourager la production locale, combinée à un prix maximum de vente au détail (Maximum Retail Price) pour protéger les consommateurs contre les hausses excessives et les pratiques abusives.

 

Le gouvernement affirme vouloir concilier croissance économique, justice sociale et discipline budgétaire. Comment parvenir, selon vous, à cet équilibre ?

L’équilibre passe par une fiscalité plus équitable. Aujourd’hui, de nombreuses PME sont fragilisées par l’application de la TVA sur un chiffre d’affaires dépassant Rs 3 millions. Or, le chiffre d’affaires n’est pas synonyme de profit. Une entreprise peut réaliser un volume d’affaires important tout en dégageant des marges très faibles. Il serait plus juste que les entreprises réalisant les bénéfices les plus importants contribuent davantage à l’effort fiscal, tout en créant un environnement plus favorable au développement des PME, qui constituent un moteur essentiel de l’économie mauricienne.

 

Quel message souhaiteriez-vous adresser aux décideurs à l’heure où se préparent les arbitrages budgétaires ?

J’invite les décideurs à garder à l’esprit les difficultés croissantes auxquelles font face de nombreuses familles mauriciennes. Le coût de la vie continue d’augmenter et l’écart entre les plus riches et les plus modestes se creuse davantage. Les politiques budgétaires doivent avant tout viser à améliorer le pouvoir d’achat, soutenir la production locale, renforcer la sécurité et la souveraineté alimentaire et offrir davantage d’opportunités aux petites entreprises et aux travailleurs. La croissance économique doit bénéficier à l’ensemble de la population et non à une minorité privilégiée.

 

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