October 15, 2026

Journée Internationale de la canne blanche : Synthia Petit : “Ma canne blanche, mon autonomie !”

À 39 ans, Synthia Petit, habitante de Curepipe et membre de l’Association pour la Protection des Droits des Handicapés (APDH), a appris à vivre avec une perte progressive de la vue. La canne blanche est bien plus qu’un outil de déplacement. Elle représente sa liberté, sa sécurité et son indépendance. Mais entre les trottoirs encombrés, les difficultés dans les transports en commun et le regard parfois stigmatisant des autres, le chemin vers une véritable autonomie reste semé d’embûches.

À travers son témoignage, cette habitante de Curepipe revient sur son parcours, ses passions et les changements qu’elle estime nécessaires pour améliorer le quotidien des personnes aveugles et malvoyantes à Maurice.

Rencontre avec Synthia Petit

 Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de votre quotidien ?

Je suis Synthia Petit, de Curepipe. Je souffre d’une déficience visuelle depuis l’enfance. À l’âge adulte, le glaucome, une maladie chronique qui s’est installée avec le temps, a aggravé l’état de mes yeux. Ma vue a considérablement baissé et, selon les médecins, cette perte est irréversible lorsque les nerfs optiques ne fonctionnent plus.

Au début, moralement et physiquement, ce n’était pas évident de me retrouver avec une mobilité réduite. Mais, avec le temps et la foi en Dieu, j’ai pu traverser cette épreuve. J’ai trouvé la force et le courage de persévérer pour continuer à avancer dans la vie.

Aujourd’hui, je suis fière de dire que tout n’est pas perdu. Être malvoyante m’a aussi appris à faire les choses différemment et à développer mes autres sens, notamment le toucher, l’écoute, le sens des repères et la mémorisation. Ce sont des capacités sur lesquelles je m’appuie chaque jour. »

 

À quel moment avez-vous commencé à utiliser une canne blanche ? Que représente-t-elle pour vous ?

Mes problèmes de vue ont commencé très jeune, dès l’enfance. Mais c’est à l’âge adulte que j’ai progressivement commencé à perdre la vue. C’est dans ma trentaine que j’ai commencé à utiliser ma canne blanche. Aujourd’hui, à 39 ans, je suis contente de pouvoir dire : “Ma canne blanche, mon autonomie !”

Pour beaucoup, la canne blanche n’est peut-être qu’une simple tige de métal, mais, pour moi, elle est bien plus que cela. Elle est mes yeux sur le sol, ma liberté et ma sécurité au quotidien.

Chaque fois que je franchis le seuil de ma porte pour marcher ou me rendre quelque part, ma canne blanche devient le prolongement de ma main. Elle m’aide à détecter les obstacles et les dangers au sol et me permet d’avancer avec davantage d’assurance.

Grâce à elle, je peux aussi reconnaître différentes surfaces, comme les pavés, la terre ou les bandes podotactiles.

La canne blanche sert également à signaler ma déficience visuelle aux autres. C’est important pour ma sécurité, notamment sur la route, car les piétons et les conducteurs peuvent ainsi être plus attentifs à ma présence.

Mais se déplacer avec une canne blanche demande beaucoup de vigilance et de courage, surtout lorsque les trottoirs sont encombrés ou que les routes sont très fréquentées.

 

Vous aimez la musique, la poésie et la guitare. Comment ces passions ont-elles pris place dans votre vie ?

Depuis mon jeune âge, j’ai toujours adoré écouter de la musique, que ce soit à la radio, dans les émissions de télévision ou pendant les fêtes familiales.

Je suis née dans les années 1980 et j’ai eu la chance de découvrir de belles musiques au fil des décennies, notamment de magnifiques ballades.

J’ai toujours été captivée par les sonorités et les solos dans les chansons. C’est ce qui a fait naître en moi le désir d’apprendre à jouer d’un instrument, notamment la guitare. Pour moi, elle représente une passion que je peux concrétiser, tout en développant mes capacités et mes forces intérieures au-delà de mes limitations.

J’aime aussi la poésie, car je pense qu’elle est la plume du cœur, de l’âme et de l’esprit. Elle transmet des émotions, des messages et des réflexions authentiques.

Lorsque j’étais étudiante, j’aimais déjà la profondeur de la littérature. Tout cela a contribué à mon évolution personnelle et à mon épanouissement en tant qu’artiste.

 

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez lorsque vous vous déplacez à Maurice ?

Les difficultés concernent d’abord les infrastructures et l’aménagement urbain. Il y a l’absence ou la discontinuité des trottoirs et, très souvent, des véhicules garés directement dessus. Ils deviennent des obstacles et représentent un danger pour les personnes aveugles et malvoyantes qui essaient de se frayer un chemin pour arriver à destination.

L’indifférence et le manque de coopération de certains conducteurs ou usagers de la route compliquent encore davantage nos déplacements. Les bandes podotactiles et les feux sonores sont également trop rares.

Les transports en commun constituent un autre défi. L’accès aux autobus est compliqué par les marches élevées et l’absence d’annonces vocales. Certains passagers refusent aussi de céder les places réservées aux personnes en situation de handicap.

Il y a également un manque de considération de la part de certains chauffeurs, qui sont souvent pressés et ne nous laissent pas suffisamment de temps pour trouver une place et nous asseoir. Il arrive que l’autobus démarre brusquement, sans tenir compte de nos difficultés. Ce sont des actes d’inattention qui montrent aussi le besoin de mieux former les chauffeurs.

Enfin, il y a l’ignorance et la stigmatisation. Les personnes aveugles et malvoyantes à Maurice font parfois face à des jugements infondés, à des commentaires déplacés et à des questions indiscrètes sur leur capacité à être indépendantes ou à se déplacer seules. Certaines personnes se permettent aussi de poser des questions sur leur vie personnelle.

 

Que faudrait-il changer pour rendre Maurice plus inclusive envers les personnes aveugles et malvoyantes ?

J’aimerais adresser ce message à tous les Mauriciens : la canne blanche est un outil d’émancipation et de liberté, et non un symbole de limitation.

Ce n’est pas la personne déficiente visuelle qui crée le handicap, mais plutôt un environnement inadapté. Je crois sincèrement que le progrès d’une société se mesure à sa capacité à garantir la sécurité et l’autonomie de tous.

Pour améliorer la vie des personnes aveugles et malvoyantes à Maurice, il faut commencer par l’éducation et la sensibilisation dès le plus jeune âge. On pourrait organiser des ateliers dans les écoles pour faire comprendre aux enfants les difficultés rencontrées par les personnes déficientes visuelles et l’importance de l’inclusion.

Il faudrait aussi mieux aménager les espaces publics pour faciliter nos déplacements. Cela demande une collaboration entre les autorités concernées, les associations et l’ensemble des citoyens.

Je pense également qu’il faut organiser des campagnes d’information publiques et renforcer la formation des chauffeurs d’autobus et des policiers. Il est important que chacun comprenne comment se comporter face à une personne utilisant une canne blanche et comment contribuer à sa sécurité.

Pour terminer, je souhaite une très belle Journée internationale de la canne blanche à toute la communauté des personnes aveugles et malvoyantes, à Maurice comme dans le monde.

Nous ne célébrons pas seulement la canne blanche, mais aussi les valeurs qu’elle représente : l’indépendance, la confiance en soi, l’autonomie psychologique et la liberté de se déplacer avec dignité, sans dépendre nécessairement d’un accompagnateur.

 

Read Previous

Maurice : la colère monte face aux inégalités et au manque de transparence dans la distribution de l’eau

Leave a Reply