Marie Charlotte, Activiste pour l’environnement et droit humains :
« L’urgence climatique n’est pas un scénario de film fantastique, c’est une réalité brutale »
À quelques jours de la présentation du Budget 2026-2027, Marie Charlotte, activiste engagée pour l’environnement et les droits humains, appelle les autorités à transformer les discours en actions concrètes. Accès au solaire pour tous, réduction drastique des pesticides, meilleure gestion des déchets et éducation environnementale figurent parmi ses priorités. Selon elle, l’urgence climatique doit devenir un axe central des politiques publiques, au-delà des considérations purement économiques.
Quelles ont été, selon vous, les principales avancées, mais aussi les limites ou les mesures qui n’ont pas répondu aux attentes de votre secteur lors de ce budget ?
Le Budget 2025 a certes permis le lancement de projets d’énergie renouvelable, mais il n’est pas parvenu à rendre le solaire accessible aux ménages modestes et à la classe moyenne en raison de coûts prohibitifs. Pendant ce temps, notre biodiversité continue de se dégrader. Les travaux sur les plages se multiplient alors que la montée des eaux se fait déjà sentir, et les eaux usées sont rejetées en mer à travers des stations de traitement défectueuses.
De même, les projets polluants, le bétonnage et la déforestation se poursuivent sans études d’impact préalables adéquates, tandis que la production excessive de déchets se poursuit. Cette inégalité d’accès aux ressources financières contraste cruellement avec une urgence écologique bien plus vaste. Les pesticides, les déchets et le plastique continuent de menacer notre santé ainsi que notre biodiversité terrestre et marine, en l’absence de mesures suffisantes pour enrayer cette situation.
À quelques jours de la présentation du Budget 2026-2027, quelles sont vos principales attentes ?
J’attends moins de promesses et davantage d’actions concrètes, inclusives pour l’ensemble de la population et exemptes de contrats opaques et lucratifs. Dans un contexte où le budget paraît trop timide et où les coûts restent trop élevés, l’attente est celle d’une véritable justice climatique.
J’espère avant tout la mise en place d’un véritable plan d’urgence visant à réduire drastiquement l’usage des pesticides et à mieux réguler les déchets qui asphyxient notre environnement, notamment grâce à la création de véritables centres de récupération et de valorisation des déchets (ressourceries).
Nous souhaitons également des aides massives et directes afin que les panneaux solaires deviennent accessibles à tous et ne constituent plus un luxe réservé aux plus aisés.
Parallèlement, il est urgent de mettre en œuvre un programme national d’éducation environnementale ciblant plus particulièrement les adultes, car ce sont eux qui détiennent les clés du changement au quotidien.
Si vous ne deviez retenir qu’une seule mesure prioritaire pour le prochain budget, laquelle serait-elle ?
Si l’on considère la situation avec lucidité et à la lumière des réalités du terrain, la priorité absolue est sans aucun doute la prise de conscience collective à travers l’éducation. Il ne s’agit pas seulement d’une question d’argent ou de nouvelles lois, mais d’un changement fondamental de notre mode de vie.
Tant que les pouvoirs publics ne prendront pas pleinement la mesure de l’urgence climatique et environnementale, les solutions techniques, aussi innovantes soient-elles, resteront insuffisantes.
Le gouvernement affirme vouloir concilier croissance économique, justice sociale et discipline budgétaire. Comment parvenir, selon vous, à cet équilibre ?
C’est un beau défi, mais pour éviter qu’il ne reste au stade des bonnes intentions, il faut cesser de considérer l’écologie comme un frein à l’économie. La priorité est de démontrer que la protection de notre île peut générer des emplois durables et favoriser une économie plus résiliente à long terme.
La justice sociale passe par des mesures concrètes permettant aux ménages les plus modestes ainsi qu’à la classe moyenne d’accéder à l’énergie solaire sans s’endetter, tout en évoluant dans un environnement sain. Quant à la discipline budgétaire, elle ne doit surtout pas servir à hypothéquer l’avenir, mais plutôt à investir intelligemment dans ce qui compte réellement : l’éducation, la santé publique et la préservation de notre terre.
L’équilibre ne pourra être atteint que si chaque décision financière est évaluée à l’aune de ses répercussions sur la santé de la population et sur l’environnement, et non uniquement à travers des considérations comptables ou des intérêts financiers à court terme.
Quel message souhaiteriez-vous adresser aux décideurs à l’heure où se préparent les arbitrages budgétaires ?
En définitive, nous attendons moins de promesses et davantage d’actes forts qui placent l’urgence écologique au rang de priorité absolue, tant pour le gouvernement actuel que pour les prochains.
Car l’urgence climatique n’est pas un scénario de film fantastique : c’est une réalité brutale qui engage la survie de l’humanité, de notre île et de notre Terre.
