April 30, 2026

Sik Yuen : pas de “bouton ki pézé ki faire prix baissé” — alors que son ministère subventionne les profits des grands conglomérats

Liberation Moris – 23 février 2026

Cette déclaration du ministre Sik Yuen révèle une déconnexion profonde avec la réalité vécue par les Mauriciens, qui subissent chaque jour les conséquences de la hausse du coût de la vie et renforce le sentiment qu’il se moque de la souffrance du peuple qu’il est censé servir.

En affirmant qu’il n’existe pas de « bouton ki pézé ki faire prix baissé », le ministre du Commerce, Michael Sik Yuen, ne se contente pas d’exprimer une contrainte économique. Dans le contexte actuel, une telle déclaration donne le sentiment qu’il se moque de la souffrance du peuple qui l’a élu et qui subit, chaque jour, les conséquences d’un coût de la vie devenu insoutenable.

Pour les familles qui voient leur pouvoir d’achat s’effondrer, pour les travailleurs qui peinent à joindre les deux bouts, entendre qu’aucun levier ne peut être actionné pour faire baisser les prix sonne moins comme une explication que comme une résignation imposée. Pourtant, pendant que le peuple se serre la ceinture, son ministère continue de mobiliser l’argent public pour subventionner un système dominé par de puissants intérêts privés.

Les conglomérats qui contrôlent l’importation continuent d’accumuler des profits massifs

À Maurice, l’importation et la distribution de nombreuses commodités essentielles sont largement dominées par un nombre limité de grands conglomérats, qui contrôlent des segments entiers de la chaîne d’approvisionnement, depuis l’importation jusqu’à la distribution dans les supermarchés. Le groupe IBL, le plus grand conglomérat du pays, a enregistré un chiffre d’affaires de Rs 68,4 milliards et un profit net de Rs 2,9 milliards pour le semestre se terminant le 31 décembre 2025, confirmant la solidité et la rentabilité de son modèle économique.

Innodis, acteur majeur dans la fabrication, l’importation et la distribution de produits alimentaires, a généré un chiffre d’affaires de Rs 6,2 milliards et un profit opérationnel de Rs 281 millions en 2025, selon ses résultats financiers publiés.

Phoenix Beverages, acteur dominant dans la distribution de boissons et produits de consommation, a quant à lui enregistré un chiffre d’affaires de Rs 13,4 milliards et un profit net de Rs 804 millions en 2025.

Ces chiffres révèlent une réalité incontestable. Les conglomérats qui contrôlent l’importation continuent d’accumuler des profits massifs, dans un système où les subventions publiques contribuent à préserver ces profits massifs. Pendant que la population lutte pour maintenir son niveau de vie, ces groupes continuent d’opérer dans un environnement qui protège leur rentabilité et leur position dominante.

Les subventions publiques soutiennent indirectement ce système

Pendant que ces profits massifs continuent d’être générés, l’État intervient sous forme de subventions financées par l’argent public. Ces subventions sont présentées comme un mécanisme destiné à protéger les consommateurs contre la hausse des prix. Mais en réalité, en l’absence d’une transformation structurelle du marché, elles contribuent aussi à maintenir le système existant. Les citoyens financent ces subventions à travers les taxes et la TVA. Autrement dit, ils participent indirectement au financement d’un système qui permet aux acteurs dominants de continuer à générer des profits massifs, même dans un contexte de difficultés économiques pour la population.

Le contrôle des prix : un levier que le ministère peut activer

Contrairement à l’idée qu’il n’existerait aucun « bouton ki pézé ki faire prix baissé », le ministère du Commerce dispose de pouvoirs lui permettant d’intervenir directement sur les prix. À travers les mécanismes de contrôle et de plafonnement, l’État peut fixer un prix maximum pour certaines commodités essentielles ou limiter les marges des importateurs et distributeurs. Ce mécanisme permet d’agir directement à la source, en empêchant que les prix dépassent un seuil raisonnable.

Subventionner un produit permet de compenser un prix élevé. Plafonner un prix permet d’empêcher qu’il devienne élevé. Le choix de privilégier les subventions plutôt que le plafonnement des prix ne relève donc pas d’une impossibilité technique, mais d’une orientation politique.

Les citoyens paient deux fois : comme consommateurs et comme contribuables

La population mauricienne se retrouve ainsi dans une situation profondément injuste. Elle paie une première fois en tant que consommateur, lorsqu’elle achète des produits essentiels à des prix élevés. Elle paie une deuxième fois en tant que contribuable, lorsque l’État utilise l’argent public pour subventionner ces mêmes produits. Ce mécanisme ne modifie pas la structure fondamentale du marché. Il en atténue les effets sans en corriger les causes. Pendant ce temps, les profits massifs des acteurs dominants continuent d’exister, protégés par la stabilité du système.

La State Trading Corporation : un levier public capable d’introduire une concurrence réelle

Pourtant, l’État mauricien dispose d’un instrument capable d’agir directement sur le marché : la State Trading Corporation. Créée pour importer des commodités essentielles, la STC possède la capacité d’introduire une concurrence publique face aux importateurs privés. En augmentant son rôle dans l’importation directe, l’État pourrait exercer une pression réelle sur les prix et contribuer à rééquilibrer le marché. Ce mécanisme permettrait à l’État de jouer un rôle actif dans la formation des prix, plutôt que de se limiter à compenser leurs effets à travers des subventions qui préservent les profits massifs existants.

Il n’y a peut-être pas de bouton, mais il existe des choix politiques

La déclaration du ministre Sik Yuen affirmant qu’il n’existe pas de « bouton ki pézé ki faire prix baissé » présente la situation comme une fatalité. Pourtant, l’État possède les outils nécessaires pour agir. Il possède la capacité d’importer, de réguler et de plafonner les prix. Le véritable problème n’est pas l’absence d’un bouton. Le véritable problème est l’absence de volonté d’utiliser pleinement les leviers existants pour protéger le peuple. Car lorsque l’État subventionne les commodités sans transformer le système qui en détermine les prix, une réalité dérangeante devient évidente : ce ne sont pas seulement les produits qui sont subventionnés. Ce sont aussi les profits massifs des conglomérats. Et ces profits massifs sont soutenus, directement ou indirectement, par l’argent du peuple.

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