April 30, 2026

Entretien – Ameegah Paul : « Ce n’est pas le handicap qui limite, c’est le regard qu’on porte sur lui »

– Réalisé par Ashvin Gudday
24 janvier 2026

Ameegah Paul ne lâche rien. Militante acharnée pour les droits des personnes handicapées, elle fait de chaque difficulté un tremplin pour avancer. Son message est sans détour ; l’inclusion, c’est maintenant ou jamais.

Qui êtes-vous vraiment, Ameegah Paul ?

Je suis d’abord une femme qui refuse qu’on la réduise à son handicap. Née avec une paralysie cérébrale et d’autres complications médicales, j’ai grandi dans un monde où être différent reste synonyme d’obstacle, parfois même de fardeau.

Mon chemin n’a pas été facile. Chaque étape a demandé de se battre contre les idées reçues, contre les barrières physiques, contre les doutes. Ceux des autres, mais aussi les miens. Pourtant, je n’ai jamais accepté que ces obstacles m’enlèvent ma dignité ou mes rêves. J’ai choisi de transformer tout ça en énergie. Aujourd’hui, je prends la parole, j’écris, je milite. Je construis des espaces où les personnes handicapées peuvent enfin exister pleinement.

Ce combat ne concerne pas que moi. Il concerne tous ceux qu’on n’écoute pas. Mon parcours, c’est celui de la résilience et du courage, avec mes imperfections. Je ne suis pas parfaite, mais je continue d’avancer avec toute la force que je trouve en moi.

Votre engagement à l’APDH semble inébranlable. D’où vient cette énergie ?

L’Association pour la Protection des Droits des Handicapés représente bien plus qu’un simple engagement associatif. C’est une responsabilité que je porte chaque jour. Mon implication est née de ce que j’ai vécu et de ce que je continue de voir ; l’exclusion, le mépris, l’indifférence, et trop souvent le silence face à la souffrance.

Être active quotidiennement n’est pas vraiment un choix. Le handicap, lui, ne disparaît jamais. Quand un ascenseur est en panne, quand les transports restent inaccessibles, quand un enfant se voit refuser l’accès à l’école ou qu’une personne subit l’humiliation en public, se taire revient à cautionner. Et ça, je ne peux pas l’accepter.

Je ne cherche ni les honneurs ni la lumière. Ce qui me fait avancer, c’est la certitude que chaque personne mérite dignité, respect et vraies opportunités. Le changement ne vient pas des beaux discours, mais de l’action concrète, de la persévérance et parfois du courage de bousculer les habitudes.

Quelles sont les principales barrières rencontrées par les personnes handicapées à Maurice ?

Les obstacles sont multiples et souvent invisibles. Le plus pesant reste le regard des autres – un regard qui juge, minimise ou simplement ignore.

Concrètement, on fait face  à une accessibilité très insuffisante dans les transports, les bâtiments publics et les espaces communs. L’inclusion dans l’éducation et l’emploi reste largement sur le papier. Des lois existent, certes, mais leur application laisse à désirer. Et notre culture confond encore trop souvent handicap et incapacité.

Le vrai problème n’est pas le handicap en soi. C’est un système qui exclut, qui décide sans nous consulter et qui refuse d’écouter les premiers concernés.

Que faudrait-il changer concrètement ?

Trois changements essentiels s’imposent.

Premièrement, il faut arrêter de se contenter de paroles. Les lois existent, maintenant il faut les appliquer, les contrôler et les évaluer avec nous, pas sans nous.

Deuxièmement, nous devons être inclus dans toutes les décisions qui nous concernent.

« Rien pour nous, sans nous » n’est pas qu’un slogan ; c’est un principe de base de justice.

Enfin, les mentalités doivent évoluer dès le plus jeune âge. L’inclusion commence à l’école, se reflète dans les médias et s’apprend en famille. On ne parle pas de privilèges ou de faveurs, mais de droits humains fondamentaux. Sans ces changements, on continuera à accepter l’injustice et c’est intolérable !

Vous avez reçu la décoration MSK. Que représente-t-elle pour vous ?

Recevoir le MSK est un grand honneur, mais soyons clairs ; ce n’est pas une victoire personnelle. C’est un rappel que le combat pour nos droits est loin d’être gagné. Chaque progrès appartient à tous ceux qui se battent quotidiennement, souvent dans l’ombre.

Cette distinction me rappelle que la visibilité et la dignité des personnes handicapées doivent rester prioritaires. La vraie reconnaissance ne se trouve pas dans une médaille, mais dans les changements concrets qui améliorent les vies.

Ce MSK n’est pas un point final, mais un encouragement à continuer. Si cette décoration inspire ne serait-ce qu’une personne à croire en elle et à défendre ses droits, alors elle aura déjà servi à quelque chose.

Votre message final ?

Aux personnes en situation de handicap ; votre dignité est intouchable, votre voix compte et votre différence est une richesse. Vous méritez d’être entendus, respectés et pleinement inclus partout.

Aux décideurs ; le temps des promesses creuses est terminé. Nous avons droit à un accès réel à l’éducation, l’emploi, les infrastructures et les services publics. Les lois doivent être appliquées et construites avec nous.

Chaque jour d’inaction est une occasion perdue de bâtir un pays plus juste. Nous ne demandons pas la charité. Nous réclamons nos droits. Nous ne voulons pas de compassion de façade, mais du respect et des actes concrets. Nous sommes là, visibles, capables ; Et nous ne nous tairons plus !

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