August 27, 2026

Coût de la vie, endettement, Repo Rate : pendant que les ménages suffoquent, les banques tournent à plein régime

Liberation Moris – 27 août 2026

À Maurice, le coût de la vie pèse de plus en plus lourd sur le budget des ménages. Alimentation, électricité, carburant, logement : lorsque les dépenses essentielles augmentent sans que les revenus suivent au même rythme, le pouvoir d’achat recule. Selon Statistics Mauritius, l’inflation annuelle s’est établie à 3,7 % en 2025. Entre mars et juin 2026, l’indice des prix à la consommation a encore progressé de 2,4 % et, sur douze mois à juin 2026, l’inflation atteignait 4,1 %. Pour les familles, le constat est simple : avec le même salaire, on achète moins.

Lorsque le revenu ne suffit plus, les choix se réduisent. On diminue certaines dépenses, on puise dans son épargne lorsqu’on en possède encore, puis le crédit finit par prendre le relais. Découvert, carte de crédit, prêt personnel ou paiement à tempérament permettent de financer aujourd’hui ce que le salaire ne permet plus nécessairement d’absorber. Des dépenses autrefois couvertes par le revenu courant sont ainsi reportées sur les revenus futurs.

Le danger commence lorsque le crédit cesse de financer l’avenir et commence à financer le présent.

L’endettement gagne du terrain

En juin 2026, le crédit bancaire total progressait de 7,8 % sur un an, tandis que le crédit aux ménages augmentait de 11,2 %, contre seulement 5 % pour les entreprises. Cette progression ne signifie pas que chaque roupie supplémentaire empruntée sert à boucler les fins de mois. Elle confirme néanmoins une tendance : les ménages mauriciens doivent collectivement davantage au système bancaire.

Emprunter aujourd’hui signifie aussi engager une partie du revenu de demain. Plus les remboursements s’accumulent, moins il reste de marge pour absorber une nouvelle hausse des prix ou une dépense imprévue. Le crédit qui devait apporter une solution peut alors devenir lui-même une charge permanente.

C’est précisément au moment où la dette augmente que son prix devient plus lourd.

Le taux directeur mauricien était de 1,85 % en décembre 2021. Après plusieurs relèvements, il atteignait 4,50 % en décembre 2022. En mai 2026, la Bank of Mauritius l’a porté à 4,75 %. La transmission vers les taux bancaires a suivi : le Prime Lending Rate est passé d’une fourchette de 6,65–9 % à 6,90–9 %.

Pour les emprunteurs concernés par des taux variables, cela signifie davantage d’intérêts. Pour ceux qui doivent emprunter aujourd’hui, l’argent coûte également plus cher.

Le ménage se retrouve ainsi pris dans une mécanique difficile à briser : le coût de la vie réduit le revenu disponible ; le manque de revenu disponible favorise le recours au crédit ; le crédit crée de la dette ; la dette génère des intérêts ; et les intérêts réduisent encore le revenu disponible.

Pendant ce temps: Des profits qui se comptent en milliards

Pendant que les ménages font leurs comptes, les profits bancaires atteignent des niveaux mirobolants.

MCB Group a enregistré Rs 18,1 milliards de bénéfices attribuables aux actionnaires ordinaires pour l’exercice 2024/25, en progression de 12,6 %. Son revenu net d’intérêts est passé d’environ Rs 14,7 milliards en 2021 à Rs 27,1 milliards en 2025.

SBM Group a enregistré Rs 4,21 milliards de bénéfices en 2025, avec un revenu net d’intérêts atteignant Rs 12,19 milliards.

D’un côté, le pouvoir d’achat est comprimé et le crédit aux ménages progresse. De l’autre, les revenus d’intérêts et les profits bancaires se comptent en milliards. Entre les deux se trouve l’emprunteur, dont une partie du salaire sert chaque mois à rembourser capital, intérêts et frais.

Le Gouvernement doit-il continuer à regarder ?

À Maurice, les établissements bancaires déterminent leurs taux de prêts dans le cadre réglementaire existant. Le Key Rate influence leur évolution, mais il n’existe pas de plafond général et uniforme applicable à tous les crédits bancaires accordés aux particuliers.

Cette situation mérite désormais une réponse politique.

Le Gouvernement doit ouvrir le débat sur l’encadrement du coût du crédit.

Un plafond légal pour certaines catégories de crédits à la consommation mérite d’être étudié. Les taux appliqués aux cartes de crédit, aux découverts et aux prêts personnels devraient faire l’objet d’un encadrement plus strict. Le coût total d’un crédit, frais compris, doit également être présenté de manière claire et immédiatement compréhensible.

On ne peut pas multiplier les discours sur le pouvoir d’achat tout en ignorant le prix payé par ceux qui doivent emprunter précisément parce que leur pouvoir d’achat s’est dégradé.

Un prêt logement sur vingt ou vingt-cinq ans, une voiture, un prêt personnel, une carte de crédit, un découvert : une partie du salaire peut être engagée avant même d’être versée. Plus cette part augmente, moins le ménage dispose de marge pour épargner, faire face à un imprévu ou décider librement de l’utilisation de son argent.

Une nouvelle hausse des prix, une réparation automobile ou une dépense familiale peut alors provoquer un nouveau besoin de financement. On emprunte pour absorber le choc, puis on utilise une partie des revenus suivants pour rembourser. Le prochain imprévu arrive avec une marge financière encore plus faible.

La dette appelle alors la dette.

Et l’endettement cesse progressivement d’être uniquement un instrument financier pour devenir un rapport de dépendance.

Les nouvelles chaînes ?

On entend parfois cette formule volontairement provocatrice : « Les esclaves ne sont plus enchaînés. Ils sont endettés. »

La comparaison avec l’esclavage historique s’arrête évidemment à la métaphore. Ce qui est en cause ici, c’est la liberté économique : celle d’une personne qui travaille chaque mois alors qu’une partie de ses revenus futurs est déjà promise à ses créanciers.

Imaginez cette situation à l’échelle d’une société entière : des milliers de ménages endettés sur plusieurs années envers le système bancaire et financier ; des travailleurs dont une partie croissante du revenu sert à rembourser des engagements passés ; un crédit qui ne sert plus seulement à construire un patrimoine ou financer un projet, mais devient progressivement nécessaire pour préserver le niveau de vie.

Une économie ne devrait pas pousser ses citoyens vers l’endettement pour ensuite leur faire payer toujours plus cher cet endettement. Le crédit doit rester un outil au service du citoyen, pas devenir l’instrument de sa dépendance.

Et si nous continuons dans cette direction, il faudra finalement répondre à une question très simple :

qui détient réellement le pouvoir économique : celui qui travaille pour gagner son revenu, ou celui à qui une partie de ce revenu est déjà due ?

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