August 26, 2026

L’affaire Cox- LE SUMMUM DE L’INDECENCE

The first to a second job

Dans toute société, il arrive un moment où le masque tombe. Un moment où le discours officiel sur la probité, la réforme et l’intérêt national s’effondre pour révéler ce qu’il dissimulait depuis le début. La réalité d’un pouvoir qui protège les siens, récompense ses relais et traite l’argent public comme une caisse privée. Ile Maurice, petite par la taille mais immense dans ses illusions, vient d’atteindre un seuil dangereux.

Des documents montrent que Sir Geoffrey Cox KC, personnage aussi imposant par sa stature que par ses honoraires  a reçu 87 203 £ ( MUR 5,547,813 ) du bureau du Directeur des Poursuites Publiques  pour des services rendus entre septembre 2024 et mars 2025. Le Bureau du Premier ministre, manifestement peu gêné par la décence publique, lui aurait versé en moyenne MUR 702 995,70  par mois pour seulement 13 heures de travail. Cela représente MUR 54 000  de l’heure. À ce tarif, ce n’est plus du conseil juridique, mais  une ponction partisne sur les fonds publics.

Vingt-trois paiements de ce type auraient été versés à Cox entre août 2025 et août 2026. Dans un pays où des familles comptent leurs pièces pour acheter du pain, où des retraités rationnent leurs médicaments, où l’on explique aux travailleurs que l’austérité est une nécessité morale, l’État trouve sans difficulté des millions pour rémunérer un avocat britannique au prix d’un privilège colonial remis au goût du jour. En privé  on affirme que ses services ont étés retenus pour la rédaction d’un projet de loi sur l’ambitieux National Crime Agency. Un mastodonte censé combattre la criminalité organisée, le blanchiment et les réseaux d’influence. Autrement dit, une agence appelée à nettoyer précisément les zones d’ombre dans lesquelles prospèrent les arrangements politiques, les protections croisées et les fidélités de coulisse.

C’est ici que l’affaire cesse d’être seulement choquante pour devenir politiquement explosive. Sir Geoffrey Cox n’a joué aucun rôle déterminant dans la rédaction de la loi britannique créant la National Crime Agency. La législation de 2013 a été élaborée par le Home Office sous Theresa May, puis examinée par un comité parlementaire dont la composition est connue. Cox n’en faisait pas partie et son implication s’est limitée à des votes ordinaires, de ceux que posent des députés de passage dans la mécanique parlementaire. Pourtant, à Maurice, on tente de le présenter comme l’architecte indispensable de notre future agence anticriminalité. Il faut donc poser la vraie question de savoir qu’achète réellement le gouvernement à MUR 54 000  de l’heure ? Une expertise ? Ou une couverture destinée à habiller une décision déjà prise dans les cercles du pouvoir ?

La réponse ne se trouve pas dans son bilan législatif, mais se situe  dans sa proximité avec le pouvoir. Cox n’est pas un simple consultant extérieur car  il est devenu une présence politique dans les coulisses de l’État, un conseiller à l’oreille du Premier ministre, un acteur étranger installé au cœur même de la fabrique institutionnelle mauricienne. Et dans la foulée, quoi de plus cynique que de voir Sir Geoffrey Cox défier toute notion de gouvernance propre en dirigeant l’équipe juridique britannique défendant Mamy Ravatomanga, milliardaire malgache détenu sous des accusations provisoires de blanchiment d’argent et de complot criminel.

Le même Cox qui conseille le pouvoir mauricien sur l’architecture de la lutte contre le crime dirige aussi la défense de l’homme que la Financial Crimes Commission décrit comme son « dossier le plus difficile jamais traité ». Ses cabinets saisissent le Conseil privé pour contester les décisions des tribunaux mauriciens refusant la libération sous caution. Il affronte la FCC à Londres tout en contribuant, à Port-Louis, à façonner l’environnement institutionnel dans lequel cette même FCC doit opérer. Ce n’est pas une simple apparence de conflit d’intérêts. C’est une collision frontale entre l’intérêt public et les réseaux privés du pouvoir.

Imaginez cette scène digne d’un œuvre de George Orwell . Un gouvernement confi à un conseiller étranger la conception d’une agence censée pourchasser les grands circuits criminels. Ce conseiller influence les choix institutionnels. Il gravite autour du Premier ministre. Il recommande, conseille, oriente. Et simultanément, il défend l’un des hommes placés au centre d’une enquête majeure de criminalité financière. L’État paie, le pouvoir écoute, l’accusé bénéficie, et le citoyen doit applaudir au nom de la réforme. La boucle parfaite et  Orwell n’aurait pas eu besoin d’inventer une telle fable car  Ile Maurice la lui offre en version réelle.

Notre pays mérite mieux que cette confusion organisée entre conseil juridique, influence politique et intérêts privés. Il mérite des dirigeants capables de rendre des comptes, non des gouvernants qui se réfugient derrière des robes britanniques pour donner une apparence de respectabilité à des choix contestables. Il mérite des institutions indépendantes, non des structures dessinées dans l’ombre par ceux qui profitent de leurs failles.

Lorsque l’architecture anticriminalité d’une nation est influencée par l’avocat d’un accusé majeur, lorsque l’argent public traverse les frontières avec une facilité refusée aux besoins sociaux les plus urgents, lorsque la même main semble conseiller le gouvernement et défendre les intérêts de ceux que les institutions doivent poursuivre alors il ne s’agit plus d’une maladresse. C’est  symptomatique  d’un État capturé par ses propres réseaux, où la République devient le décor respectable d’arrangements que personne n’ose assumer au grand jour. L’odeur nauséabonde ne vient pas des marges du système mais directement du centre même du pouvoir.

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