August 12, 2026

Jeunes à Maurice : entre espoir et envie d’ailleurs

12/08/2026

Être jeune, c’est croire encore au champ des possibles et avoir l’impression d’être capable de déplacer des montagnes. La jeunesse ne se lit pas sur le visage, mais, comme le disait Samuel Ullman, « la jeunesse n’est pas un âge de la vie, mais un état d’esprit ». C’est à cet âge particulier que l’on s’étonne, que l’on s’émerveille, que l’on reste curieux et ambitieux, comme un enfant insatiable. Mais que reste-t-il de cette liberté propre à la jeunesse mauricienne lorsque son avenir semble déjà balisé par des contraintes économiques, politiques et sociales ?

« Différentes réalités, aspirations communes » : c’est le thème choisi par les Nations unies pour la Journée internationale de la jeunesse 2026, célébrée ce mercredi 12 août. Loin de l’image caricaturale que leur renvoient souvent la société et les médias, ce thème met l’accent sur une aspiration commune aux jeunes : participer, travailler et construire dignement leur avenir. Même dans un monde secoué par les conflits, les crises économiques et les catastrophes climatiques, cette édition met en lumière une jeunesse confrontée à l’incertitude, mais loin d’être résignée.

Alors que Maurice fait face au vieillissement de sa population et à une économie en mutation, les jeunes restent les forces vives et les leaders de demain. Pourtant, pris en étau entre le manque d’opportunités, des enjeux politiques aussi accablants que banals et le sentiment de ne pas être suffisamment entendus, une partie de la jeunesse mauricienne se sent piégée et reléguée aux marges.

Ce que veulent les jeunes, au fond, est assez simple : trouver un emploi décent et pouvoir se projeter dans l’avenir. Mais pour une grande partie de la jeunesse mauricienne, ces aspirations se heurtent à une réalité bien différente. Opportunités d’emploi limitées, salaires trop bas et coût de la vie élevé : c’est le trio infernal auquel sont confrontés de plus en plus de jeunes à Maurice. Les derniers chiffres de Statistics Mauritius montrent d’ailleurs une hausse du chômage chez les 16 à 24 ans, signe des difficultés rencontrées par les plus jeunes pour faire leur entrée sur le marché du travail.

À cela s’ajoute un marché de l’emploi où la présence d’une main-d’œuvre étrangère moins coûteuse alimente le sentiment d’une pression à la baisse sur les salaires et d’une concurrence accrue pour certains postes. Mais que produit, à terme, ce manque de perspectives ? Une génération appelée à construire le Maurice de demain, mais qui envisage de plus en plus de construire son propre avenir ailleurs.

Quand l’avenir semble ailleurs

Selon un sondage d’Afrobarometer, 76 % des jeunes Mauriciens auraient déjà envisagé d’émigrer. Derrière ce chiffre se dessine une question préoccupante pour le pays : comment retenir sa jeunesse lorsque celle-ci ne croit plus pouvoir réaliser ses ambitions chez elle ?

Et pour ceux qui choisissent de rester à Maurice, les difficultés ne s’arrêtent pas aux questions d’emploi et de coût de la vie. Une autre réalité, plus sombre, touche une partie de la jeunesse : la consommation de drogues, qui représente aujourd’hui un enjeu social majeur. Le phénomène n’épargne même plus les adolescents encore scolarisés. À un âge où ils devraient pouvoir apprendre, s’amuser et découvrir leurs aspirations, certains se retrouvent déjà exposés à la drogue et à ses conséquences.

Et ce n’est pas le seul mal qui traverse les établissements scolaires. Le harcèlement constitue lui aussi une réalité préoccupante pour une partie des jeunes. Violences verbales, humiliations, intimidations ou mises à l’écart peuvent transformer un lieu censé favoriser l’apprentissage et l’épanouissement en un espace de peur et de repli.

Et la liste est loin d’être terminée, car les défis qui pèsent sur la jeunesse mauricienne s’accumulent. Mais le pays s’en préoccupe-t-il réellement ? Et surtout, fait-on suffisamment pour retenir et accompagner cette génération que l’on aime pourtant présenter comme « l’avenir de Maurice » ?

La force vive d’un pays repose sur une jeunesse bien formée, confiante et capable de croire en son avenir. Lorsque les jeunes disposent de moins de privilèges et de possibilités pour bâtir dignement leur avenir, c’est le progrès d’un pays tout entier que l’on freine. Maurice ne peut pas se permettre de perdre le peu d’espoir auquel il s’accroche encore.

Car sans cette jeunesse pour tenir la barre, le pays pourrait bien finir par dériver… et sombrer, comme le Titanic.

D.G

 

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