May 2, 2026

Portrait – Francesca Maleco Wai Choon : dialysée, femme et combattante envers et contre tout

Liberation Moris 7 Mars 2026

À l’aube de la Journée internationale des droits des femmes, célébrée le 8 mars, Libération Moris s’est intéressé à ces femmes qui, dans l’ombre, mènent des combats quotidiens sans jamais baisser les bras. Des femmes pour qui la vie est une lutte de chaque instant, et qui avancent avec détermination malgré les obstacles. Parmi elles, un nom revient souvent dans le monde de la santé, particulièrement dans le service de dialyse à Maurice et à l’hôpital de Souillac : celui de Francesca Maleco Wai Choon. Une battante au caractère bien trempé, qui ne se bat pas seulement pour elle-même, mais pour tous les patients dialysés du pays.

À 46 ans, Francesca vit sous dialyse depuis treize ans. Un parcours marqué par des hauts, mais aussi par de profondes épreuves. « L’eau ne coule pas doucement sous le pont. Il y a eu des hauts et des très bas aussi », confie-t-elle avec lucidité. Car au-delà de la maladie, c’est aussi une vie de femme qu’elle doit continuer à construire. Une vie d’épouse et de mère de famille, qu’elle doit concilier avec les contraintes physiques et émotionnelles de la dialyse. « Après une séance, on est complètement exténuée. On ne rêve que de dormir. Le repos est essentiel. Heureusement que je peux compter sur ma mère, une femme forte elle aussi, qui me prépare à manger pour que je puisse récupérer un peu avant de reprendre mon rôle à la maison. »

À Maurice, plus de 1 500 patients vivent sous dialyse. Derrière ce mot qui fait souvent peur se cache une réalité exigeante, faite de séances de plusieurs heures, plusieurs fois par semaine. Pourtant, Francesca refuse de voir la dialyse comme une fatalité. Pour elle, il s’agit avant tout d’un combat mental. « Il faut rester positif et suivre son traitement correctement. Certaines femmes arrivent à porter plusieurs chapeaux, d’autres non. C’est une question de mental, mais aussi de soutien familial. »

Elle insiste toutefois sur un manque important dans le parcours des patients : l’accompagnement psychologique. Lors d’un séjour en Inde en 2025, elle a participé à un atelier où cet aspect était largement pris en compte. « Le suivi psychologique avant et pendant la dialyse est très important. J’ai rencontré une patiente qui devait commencer la dialyse et qui ne savait même pas ce que c’était. On lui a juste dit qu’elle devait porter un cathéter. Il y a un cruel manque d’information. »

Francesca plaide également pour une meilleure prise en compte des femmes dialysées. « Je n’ai rien contre les hommes dialysés, mais une femme, après sa séance, rentre souvent à la maison pour s’occuper de sa famille. Il faut cuisiner, s’occuper des enfants… Certains époux ne comprennent pas la fatigue après quatre heures branchée à une machine. »

Son parcours a aussi été marqué par des épreuves particulièrement douloureuses. Elle fait partie des survivants de la vague de contamination à la Covid-19 survenue à l’hôpital de Souillac en mars 2021. Sur les 86 patients concernés à l’époque, seuls une dizaine sont encore en vie aujourd’hui. « On peut parler avec quelqu’un aujourd’hui et apprendre le lendemain qu’il est décédé ou en soins intensifs », raconte-t-elle avec émotion. Cinq ans après, elle affirme n’avoir bénéficié d’aucun suivi psychologique. «Personne n’est venu nous demander comment on se sent après cette tragédie. C’est comme si on avait été oubliés. »

Malgré tout, Francesca continue d’avancer. En 2022, elle a même vécu une grossesse, un événement extrêmement rare pour une femme dialysée. « Cela arrive à une femme sur un million. Je devais faire la dialyse tous les jours, tout en continuant à travailler. Il fallait énormément de courage. »

Aujourd’hui encore, elle refuse de baisser les bras. Chaque jour est une nouvelle bataille qu’elle mène avec détermination, non seulement pour elle-même, mais aussi pour tous les patients dialysés du pays. Avec d’autres patients de l’hôpital de Souillac, elle continue de réclamer davantage de considération et de meilleures conditions de prise en charge.

Car pour Francesca Maleco Wai Choon, être une femme dialysée demande du courage. Et son combat, elle le mène avec la conviction que personne ne devrait affronter la maladie dans l’oubli.

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